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Que doit-on afficher sur les murs ?
On entre parfois dans certaines salles de classe dont les murs sont couverts d'affiches-memento de règles de grammaire, de bande de numération, de cartes, de productions des élèves etc. C'est parfois tellement dense qu'on ne sait où poser le regard, et surtout il n'y a pas moyen d'avoir du vide devant soi pour retrouver ses propres pensées, ses images intérieures, pour activer sa propre mémoire.
Trop d'affiches tue l'affiche ! J'avais aussi remarqué, lorsque j'étais en classe ordinnaire en primaire, qu'au bout d'un moment, une grande partie des élèves ne regardaient plus les aides mises au murs. D'autres, à l'inverse, jettaient systématiquement un oeil sur l'affiche utile à leur travail, presque par réflexe, mais sans vérifier s'ils en avaient vraiment besoin ou si la connaissance était déjà acquise.
Aussi, alors que j'enseignais à des élèves de CP (il y a trèèèèèès longtemps !), j'avais pris l'habitude suivante :
-j'affichais les nouveaux phonèmes ou graphèmes, les notions de math, en leur donnant la date du moment où j'allais les ôter des murs, en général toutes les 6 semaines car je faisais mon changement pendant les vacances ;
-avant cette date, je faisais coller un memento dans leur cahier, et surtout j'invitais les élèves à bien mémoriser ;
-à chaque vacances donc, je modifiais l'affichage : j'otais tout ce qui était censé être mémorisé mais que les élèves pouvaient retrouver dans leur cahier ou dans des classeurs ou autres supports de la salle, je déplaçais et réorganisais certains supports et ajoutais les nouveaux par anticipation.
Cela fonctionnait très bien ! Chaque retour de vacances donnait lieu à une recherche : qu'est-ce qui a été oté ? (pas de meilleures révisions possibles !), qu'est-ce qui a été déplacé et pourquoi , et qu'est-ce qui est nouveau ?... les élèves les plus à l'aise dans les apprentissages pouvaient dors et déjà commencer à apprendre par anticipation, les plus en difficultés retrouvaient les supports d'une autre façon.
Même sur une classe à double ou triple niveau, cela fonctionne.
Plus de frise numérique à grande échelle ou de tableau d'alphabet avec les sriptes et cursives ! De la place, un visuel agréable, serein et... de l'autonomie réelle !
Pourquoi préférer les Memento individuels aux affichages collectifs ?
Pour aider l'élève à mémoriser et à être autonome, tiens, pardi !
Avec des élèves qui ont une déficience intellectuelle, j'ai continué à peu, puis parfois ne pas du tout afficher. Je développe avec les collégiens d'ULIS les outils individuels.
Cela permet d'abord de ne pas mettre la même chose à tous en fonction des besoins sans avoir à placarder tous les murs et plafonds !
Mais surtout l'élève est énormément plus actif dans son apprentissage ! Ce n'est pas la même chose d'avoir juste à lever les yeux pour trouver ce dont on a besoin que de devoir se lever, aller chercher son carnet ou son porte-vues d'outils, d'en tourner les pages et de trouver le bon outil !
On se plaint sans cesse du manque d'autonomie des élèves, notamment en collège, mais on devrait toujours se poser d'abord la question : qu'est-ce qui dans ma pratique entrave ou favorise l'autonomie ?
Des collègues, qui me remplaçaient lors de 2 jours de stages, étaient impressionnés de l'autonomie des élèves en ULIS collège par rapport aux élèves en classe. En réalité, il est difficile de comparer : 10 élèves qui se déplacent librement dans une salle et 30 qui sont coincés entre leur chaise, leur bureau et des salles trop étroites. Ceci-dit, il est aussi important de se questionner sur ce que l'on met en place pour développer une réelle autonomie durable.
Lorsqu'un élève me pose une question ou échoue à la réalisation d'un exercice, la première chose que je lui demande c'est : quel outil tu as utilisé pour t'en sortir. Pas de bras, pas d'chocolat ! Heu, non... mais pas d'outil, pas d'aide, ça oui !
D'autre part, si un élève a toujours le support dont il a besoin sous les yeux, il n'engage pas sa mémoire, même déficiente, à fonctionner. C'est la même chose pour nous ou n'importe quel adulte. Notre cerveau fonctionne à l'économie, sans besoin spécifique ou plaisir il ne s'engage pas dans un effort.
Dans une démarche plus active, l'élève qui, un peu fainéant, ne veut pas sortir sans cesse ses outils s'efforce d'autant plus de mémoriser pour pourvoir s'en passer. D'autres se lancent des défis "j'essaie sans mon carnet et je vérifie après" me disaient Mathis et Hugo à un an de distance... et peu à peu, ils se sont effectivement passés d'une partie des outils : nous les avons ôtés des nouveaux carnets avant leur départ en CAP. En 6e, les élèves utilisent beaucoup les outils, en 5e et 4e ils rechignent par période (c'est bon signe : ils sont des ados ordinaires !) et en 3e ils s'engagent dans une autre démarche : réussir à s'en passer, ou réussir à les utiliser discrètement ... parce qu'en CAP, on ne sait pas avec qui on sera !
Donc place aux murs avec des espaces vides ou neutres (on peut quand même cacher les peintures moches) afin de laisser le regard se poser, se reposer et permettre le langage intérieur indispensable à la mémoire.