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iel SE DEVALORISE !

IL, ELLE, IEL....se dévalorise.... et moi aussi parfois !

Face à un élève qui a une extrêmement mauvaise image de lui-même, que faire ?

Nous avons eu un "cas" dans le collège il y a deux ans, et les collègues se sont tournés vers moi comme personne ressource pour les aider. Chaque élève, chaque jeune étant différent, voici ce que je leur avais répondu. Cela peut éventuellement vous aider aussi dans vos réflexions :

Pour répondre de façon plus précise à votre question (je vous laisse transférer aux collègues concernés, à la Vie Sco et tous ceux qui ont besoin).

 

1) Quand un élève s'exprime dans des termes de dévalorisation de lui-même "je suis nul, je suis obèse, je suis un connard etc." ne jamais lui répondre par "mais non, voyons, regarde ce que tu sais faire...". Une telle réponse induit que l'on nie sa propre opinion sur lui-même. Il faut donc le laisser dire et répondre " ah, je suis surpris-e de ce que tu penses de toi-même. Je n'ai pas la même opinion. Je vois que tu sais faire ceci ou cela. Je trouve que."  Il ne sert à rien de tenter des objectivations du type "regarde, les autres aussi... et puis tu ne sais pas ceci mais tu sais cela...". Dans notre façon de nous voir, de nous autoestimer, il n'y a jamais rien d'objectif ! Donc il faut juste donner à entendre un autre regard.

 

2) Faire très attention à notre tendance naturelle à contrebalancer : plus l'élève se dévalorise, plus on va lui chercher des qualités, ou l'encourager avec excès. C'est contreproductif pour plusieurs raisons. Le jeune qui se dévalorise, ne pourra regagner l'estime de lui-même que pas à pas, marche après marche. Donc, lui envoyer un tas de compliments, de réussites, le noie en quelque sorte et l'empêche de s'approprier sa propre image de ce qu'il est. Il risque donc, de continuer à se mettre inconsciemment à distance de ce tas de compliments et s'enfoncer encore plus dans son schéma autodestructeur.

 

3) Encore plus difficile : ne pas juger un parent (père ou mère) qui dénigre son enfant ! Oui, ça c'est très difficile. Mais on ne connait pas les circonstances qui ont amené un parent à un tel désamour : enfant né d'un viol incestueux ou non, enfant non désiré, parent qui lui-même a été maltraité etc.  En revanche, on peut agir avec fermeté et bienveillance, sans rejeter la parole du parent 'j'entends ce que vous dites. Je ne pense pas la même chose de votre fils-fille. L'équipe enseignante a remarqué ses bonnes capacités dans...." et ne citer que 2 ou 3 exemples, maximum. Même chose que pour le jeune, si nous noyons le parents sous un tas de compliments, il va inconsciemment, les rejeter en bloc et rester persuader de son fait. Si on donne 2 ou trois capacités objectives, on peut lui permettre d'avancer d'un pas.

 

4) Éviter, toutes les phrases négatives du type 'tu n'es pas nul // je ne te trouve pas nul", car l'inconscient n'enregistre pas la structure de la phrase mais seulement les mots. Donc dans ce cas le mot "nul" est réenregistré. Il faut vraiment faire l'effort d'aller chercher du vocabulaire "Je trouve que tu avances bien dans ce domaine // je pense que tu es sociable// j'estime que tu as de bonnes compétences en..."

 

5) Concrètement, une activité possible en liant français (étude de la langue) et vie de classe. Aller à la recherche de ses propres qualités, partie 2 des activités proposées Mes qualités ou Mes qualités ? 2 Pour la réaliser en grand groupe classe : en français travail sur le vocabulaire, recherche dans le dictionnaire, colorier de la même couleur les mots synonymes, sur les 100 mots (ne pas réduire la liste). En vie de classe 2 étapes : 1--Mettre les feuilles sous pochette plastique et travailler au feutre effaçable (c'est essentiel). Demander aux élèves de mettre un petit signe au crayon à papier devant toutes les leurs qualités. Leur expliquer qu'il faut le faire au crayon à papier car nos qualités se développent et se transforment tout au long de notre vie. 2-- par groupe de 5, en leur demandant d'éviter de se mettre avec leur copains, mais en allant vers les élèves avec qui ils n'ont d'habitude rien de particulier à partager. Bien donner la règle "un élève du groupe est désigné. Les 4 autres entourent en silence total, 5 qualités qu'ils ont repéré pour cet élève. Au bout de 3mn, chacun va lire sans aucun commentaire les 5 mots entourés. On ne fait aucun commentaire. Cela doit se passer dans le plus grand calme. Ensuite, on passe à un autre élève...on poursuit jusqu'à ce que chacun ait entendu les 4 autres membres du groupe s'exprimer. Attention ! cela peut être un peu long, pour que les derniers ne soient pas "bâclés", je recommanderais de le faire sur 2 séances. Explications + 2 élèves la première fois ; 3 autres sur l'heure suivante.

 

6) Chaque fois que possible, proposer des grilles simples d'autoévaluation sur des activités répétitives. Malheureusement, les programmes ne le permettent pas beaucoup. Il faut que l'élève trouve un moyen concret, visible de mesurer ses propres progrès. Les notes et appréciations des enseignants, les encouragements etc. des adultes n'auront jamais autant d'effet que ce que l'élève va pourvoir découvrir sur lui-même par lui-même. C'est comme cela que l'on restaure la fluence par exemple, mais on peut utiliser le même principe dans d'autres matières ici , cela peut être sur 10 séances en math pendant lesquelles le début de cours commence systématiquement par une dictée de 10 nombres (grds nombres, décimaux, fractions...) ou dans une autre séquence 10 calculs mentaux ou.... Correction collective et chaque élève inscrit sur son tableau à double entrée ses réussites, et trace peu à peu sa courbe de progrès. Ne pas hésiter à redonner plusieurs fois les mêmes nombres/les mêmes calculs : il ne s'agit pas de mettre l'élève en difficulté, mais de lui permettre de mesurer qu'il progresse. Or pour progresser il faut bien refaire plusieurs fois la même chose (si quelqu'un peut expliquer ça à nos ministres de l'éducation au passage...). En Histoire -Géo, en Sc. cela peut être un QCM de 10 questions de cours, projeté et lu par l'enseignant, 10 réponses (A-B ou C) à inscrire sur un brouillon, correction collective et chaque élève note sur sa grille ses réussites. Aucune correction, aucun ramassage des tableaux à doubles entrés de la part de l'enseignant. Pas de remise aux parents non plus. L'élève à la fin de la séquences de 10, en fait ce qu'il veut. Il a le droit de la jeter à la poubelle chez lui (sinon ils vont s'influencer les uns les autres) ou la coller dans son cahier d'exercice.

 

7) S'appuyer sur les neurosciencesRappeler régulièrement aux élèves que "ces dernières années les scientifiques qui étudient le cerveau (neurologues, psycho-cognitivistes...) ont découvert que le cerveau continuait à grandir et à se former jusque vers 25-30 ans, et que la neurogénèse (fabrication de nouveaux neurones) se poursuit tout au long de notre vie même si l'on vit jusqu'à 120 ans". S'appuyer sur les sciences et donner une échéance très longue est très rassurante pour tous, car sans se noyer dans les explications, cela permet à l'élève d'envisager que ce qu'il ne réussit pas à être maintenant peut advenir d'ici quelques années. (Et en passant : hé oui, les jeunes collègues, votre cerveau n'est pas fini ! et le mien continue aussi à faire du neuf...bon, ok j'en perds aussi des neurones !).

 

8) Et bien sûr, dès que les parents seront prêts, faire suivre le jeune par un psychologue.... mais c'est payant et dans le cas d'une famille qui dévalorise son enfant, si en plus on leur demande de se sacrifier pour lui payer un psy, ça peut être contreproductif. Donc, ne pas s'affoler si cela ne se fait pas. Miser plutôt sur les activités de classe.

Tous les articles de la catégorie "SE CONNAITRE" peuvent être aussi utilisés à un moment ou un autre, en groupe ou avec un élève en particulier.

Nous ne sommes pas psychologues, mais à travers notre pédagogie, nous avons le moyen d'aider les élèves à mieux s'aimer.

Il y a des quantités de livres aujourd'hui sur ce thème (ce serait écrit "t'aime") qui peuvent influencer positivement notre langage, nos gestes pédagogiques etc.

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