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ULIS vs SEGPA (2) : éval et apprentissages ?

Bref retour sur ma première année :

Je vous ai donné mes impressions à la fin du 1er trimestre cf. ULIS vs SEGPA puis, plus rien ! La fatigue s'étant accumulée au fur et à mesure de l'année, les questions sans réponse également, ma semi-vieille mémoire a saturé et j'ai fini l'année avec de nombreuses remises en cause des systèmes, de la pédagogie pratiquée etc. Un gros coup de mou et sur les rotules !

Après 1 mois de décrochage, je reprends tranquillement.

Mon bilan d'année :
-J'aime en SEGPA le travail d'équipe qui est plus important qu'en ULIS collège. Un souci avec un élève, on en discute au moins à deux enseignantes spécialisées avant de prendre des décisions. Je suis référente des 6e et 5e donc je ne m'occupe plus des conventions de stages...mes collègues référentes des 4e et 3e n'ont pas à gérer certaines problématiques qui ne concernent que les 6e...etc. Il y a plus d'élèves certes, mais les tâches sont réparties autrement. C'est un vrai soulagement.

-Dans mon établissement, les collègues de l'ordinaire interviennent sur les groupes de SEGPA, cependant il n'y a pas d'inclusion de nos élèves dans les classes ordinaires. Avantages : quand je parle avec les collègues, ils ont les élèves dans les mêmes conditions que moi, ou presque, et les échanges en sont facilités. Inconvénients : nos élèves manquent beaucoup d'autonomie et de rythme de travail. En ULIS collège, certains élèves avec des déficiences cognitives beaucoup plus importantes que les élèves de SEGPA parvenaient à devenir plus autonomes, car, avec du temps, ils apprenaient à "suivre" un rythme de classe ordinaire. En arrivant en salle de regroupement, ils soufflaient, lâchaient... il me fallait parfois du temps pour les remettre au travail, mais ils expérimentaient régulièrement cet effort dense de tenir dans une autre classe. Ils développaient ainsi des compétences de persévérance et d'adaptabilité que je ne retrouve pas ici. Les textes officiels et l'organisation de nombreuses SEGPA favorisent les temps d'inclusion. Je pense que c'est une bonne chose.

-Comment les CDOEA et MDPH ou Maison de l'autonomie orientent les élèves soit en SEGPA soit en ULIS SOIT en IME : 

aucune idée !!!! Je retrouve des élèves en SEGPA qui ont les mêmes profils, les mêmes capacités et incapacités qu'en ULIS. D'autres ont un peu plus de compétences que les élèves que j'avais ce qui permet d'aller jusqu'au DNB Pro.

 

CFG et ou DNB-Pro ???

A quoi sert d'apprendre le théorème de Pythagore à un élève qui s'oriente vers la cuisine ou l'aide aux personnes âgées et qui a bien des difficultés à savoir s'il faut additionner ou soustraire dans un calcul de budget, qui ne sait pas lire 1145 et dit "un un quatre cinq" pour dicter le nombre, et qui ne sait pas que 7 et 7 font 14, etc. ???

Lorsque je vois les résultats de nos élèves de cette année au DNB Pro, je suis perplexe : ils l'ont tous réussi et avec des mentions ! alors qu'ils sont incapables de résoudre un petit problème simple de la vie courante en autonomie totale ! 
Ils ont tous des lecteurs et parfois scripteurs du fait des dys., mais surtout ils ont tous des "reformulateurs". Or, les consignes sont pratiquement toutes des consignes simples, claires et concises. Comment sont reformulés les exercices ? (Je ne remets pas en cause les personnes qui font ce qu'elles peuvent pour accompagner les élèves le jour de l'examen, mais le système). Quelles sont les consignes de notations ?
Je me suis pris la tête l'an passé en essayant d'évaluer au plus juste les compétences des élèves et pas seulement les connaissances, c'est-à-dire leur capacité à utiliser dans une tâche complexe des connaissances données ou acquises... mais seules les notes comptent pour les examens.
Mon sentiment est que ce système leurre les élèves, les parents et les professionnels qui les prendront en apprentissage sur les compétences réelles des jeunes.

Cependant, je vais tenter de lâcher prise sur cet aspect puisqu'on ne peut rien y faire. Mes collègues de l'ordinaire sont aussi désappointés quand ils voient l'écart entre les programmes d'acquisitions et ce qui est demandé aux examens.

Connaissances ou compétences ?

Il faut des connaissances pour développer des compétences. Cependant pour des jeunes avec des déficits des mémoires, j'avais jusqu'ici beaucoup insisté pour qu'ils apprennent à devenir autonomes dans leur réflexion à l'aide d'outils compensatoires comme le "carnet d'outils". Or les programmes remettent l'accent sur l'acquisition des automatismes ce qui du reste me semblent fort utile pour tous ceux qui ont des capacités mnésiques ordinaires. 
Mais que faire avec nos élèves d'ULIS ou de SEGPA ? Là où en classe ordinaire, le professeur va pouvoir passer 10 mn sur des automatismes et 40 mn sur des situations de réflexion, un élève avec des déficiences de la mémoire de travail et de la mémoire à long terme devra passer 30 mn sur les automatismes et...il ne reste que 20 mn pour la réflexion... 

Il est impossible de parcourir le programme minimal conduisant au DNB Pro avec l'ensemble de nos élèves d'ULIS ou de SEGPA, en vérifiant que tout soit acquis (parce que bien sûr, on peut choisir de tout survoler !).

Si j'insiste sur l'acquisition de connaissances, je note des acquis, mais je ne peux honnêtement pas valider de compétences.
Si j'insiste sur les compétences, certains élèves ne s'en sortiront qu'avec des aide-mémoires qu'ils n'auront pas le jour des examens.

C'est un dilemme permanent : qu'est-ce qui est bon et utile pour chaque élève ?

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